Le Dreaming Festival... Rêve ou réalité?
Mais par où commencer? J'ai des images et des idées plein la tête! Le Woodford Folk Festival a été une expérience fabuleuse! En y allant, je ne savais pas trop à quoi m'attendre. Je savais que ce ne serait pas trop traditionnel. Mais je ne savais pas si ce serait petit, grand. Je ne savais pas non plus qui serait là. Bref, je ne savais pas grand chose.
Mais commençons par le début! Je crois que c'est ce qu'il y aura de plus simple! Tout d'abord, comment suis-je arrivée à Woodford? Si vous vous souvenez, Woodford est l'endroit où je suis allée pour le Nouvel-An. J'y étais allée pour le "Woodford Folk Festival". Pendant mon séjour là-bas, j'avais entendu parlé du Dreaming. L'idée semblait séduisante... Festival indigène sur le même site. Depuis lors, je me disais que j'aimerais y aller... Avec Katia, lorsque nous avons commencé à réfléchir à faire le tour de l'Australie en van, le Dreaming était notre point de départ. Nous avions prévu de quitter Melbourne et de nous y arrêter pour notre 1ère étape.
C'est pour cette raison que j'avais contacté Karen, responsable des volontaires sur le "Woodford Folk Festival", pour voir s'il était possible de m'impliquer dans l'organisation de celui-ci. Je n'ai pas été recontacté sur le coup. Mon envie de voyager s'est envolée (enfin, je me suis raisonnée) et pendant quelques temps, j'ai cessé de penser au Dreaming Festival.Puis, il y a 15 jours, j'ai reçu 2 emails du Dreaming, l'un de l'assistante de la directrice du festival. L'autre de Karen. Toutes 2 expliquaient qu'ils avaient vraiment besoin d'aide. Un coup d'oeil sur les billets d'avion. Coup d'oeil sur les places qu'il restait, pour les volontaires. Et la décision était prise! Je partais à Woodford pour moins de $200 aller-retour, pour travailler dans la Greenroom, à la partie Solutions! La Greenroom c'est l'accueil des artistes. La partie solutions, c'est trouver une solution pour n'importe quel problème qui peut arriver concernant les performances. Ca peut être des artistes qui ne sont pas inscrits sur les listes et n'ont donc pas leur pass pour rentrer sur le festival (ça peut facilement arriver quand il y a 10 musiciens dans un groupe et que les fiches n'ont pas été remplies correctement). Ca peut aussi être des problèmes avec des instruments défectueux. Que faire dans ces cas là? En emprunter à d'autres? Mais à qui? C'est aussi régler les problèmes de transferts depuis / pour l'aéroport. Et il y a aussi les artistes qui ne sont pas là pour le début de leur performance! On s'active pour les trouver! Bref, n'importe quel problème ayant trait au spectacle!
Je ne vais pas y arriver! J'ai plein d'images dans la tête! Je voulais écrire chronologiquement, mais ça ne donne rien! Par thème, rien non plus! Alors, je vais me contenter de jeter des idées sur "le papier". J'espère que ça ne sera pas trop compliqué pour vous!
Bon, je ne peux pas y couper! Je vais commencer par ma grande mésaventure du week-end! Ma tente s'est envolée avec moi dedans... Bon, certes, elle n'est pas allée bien loin! Mais tout de même! Je vous assure que ça fait flipper! C'était dans la nuit de jeudi à vendredi. J'avais terminé de travailler à minuit. La pluie avait enfin cessé. Je me suis donc rendue autour du feu de bois pour me réchauffer et partager. 2h30 du mat, je me décide à aller me coucher. A peine arrivée dans ma tente, je me suis rendue compte que le vent soufflait relativement fort et que ce n'était pas nécessairement une excellente idée de m'être installée en haut de la colline (d'autant plus que la veille, j'avais prêtée des piquets de tente à un jeune volontaire qui n'en avait pas du tout! Bref, j'avais en tout et pour tout 4 piquets de tente déjà pas terrible pour la pluie puisque la toile de tente n'était pas tirée). Avec beaucoup de mal, j'ai fini par m'endormir... quand soudain, à peine 1 heure après, j'ai entendu la toile imperméable (le dessus de la tente) s'envoler. Pas le choix, malgré le froid, je me suis décidée à aller la récupérer... 4h30, de retour dans ma tente, j'essaie de m'enrouler dans les duvets, gelée... quand soudain, je me rend compte que le vent est de plus en plus fort et qu'il s'engouffre sur le dessous de la tente qui... s'envole! Je commence à mettre tous mes sacs sur le côté de la tente par lequel le vent s'engouffre.
Puis, je bloque l'air avec mes mains... mais rien n'y fait! Le vent souffle de plus en plus fort... Tellement fort que l'angoisse me saisit! Je vais donc essayer de réveiller Otis, dont la tente était presque complètement effondrée (je me demande encore comment il pouvait dormir dedans...) qui m'envoie balader car il voulait dormir! L'espace de quelques secondes, j'envisage l'idée de retourner dans ma tente... mais non, l'angoisse était trop grande! Donc à 4h45 du matin, après 1h de sommeil, je décide d'empaqueter mes affaires. Je commence donc par transporter toutes mes affaires dans les toilettes et donc d'empaqueter le tout! 5h15 du matin, l'affaire (et les affaires) était dans le sac! Une très très longue brulante douche et j'étais prête pour la journée de travail! Bah oui, je commençais à 8h du matin!!! Après mes quelques heures de travail, j'ai donc décidé de placer ma tente en bas de la colline. J'ai pris un marteau pour planter 10 piquets de tente. Avec ça, je me suis sentie bien plus en sécurité, prête pour mes 5 nuits suivantes! Remarquez, ça a été un peu tard, puisque la météo s'est enfin décidée à changer! La pluie et le vent s'en sont allés pour laisser place au soleil dans la journée et au froid dans la nuit. Bref, après cette expérience, j'ai 2 conclusions par rapport au camping: 1èrement, ne jamais prêter ses piquets de tente! Si on a 10 ou 12 piquets, ce n'est pas pour rien! 2ème conclusion: ne jamais s'installer en haut de la colline, même si la vue est plus jolie! Le bas est bien mieux protégée!Bref... ceci était ma mésaventure du festival .
Sur ce festival, l'inattendu est aussi arrivé... malheureusement! Un des danseurs est décédé d'une crise cardiaque pendant sa représentation. C'était samedi matin, 1ère représentation de la journée. Un jeune danseur (34 ans, apparemment). Quand on se rend à un festival, on s'attend à tout... mais pas à ça! On sait que des accidents peuvent arriver. Mais quelle est la probabilité? Le samedi matin, je ne travaillais pas. Je me souviens avoir marché à côté de la scène. Bo a tout de suite remarqué que quelque chose s'était passé. Mais on ne savait pas trop quoi. En arrivant au bureau, j'ai eu plus d'informations. C'est vraiment perturbant de se retrouver au coeur d'un drame quand on est là pour faire la fête... mais ça a été d'autant plus difficile que j'étais proche du groupe qui a perdu un de ses membres... et que je n'avais pas la moindre idée de qui était la victime (pour information, dans la culture aborigène, on n'a pas le droit de prononcer le nom de la personne décédée).
En fait, comme je vous ai dit précédemment, je me suis décidée, à la dernière minute, à me rendre à Woodford. N'ayant pas de moyen de locomotion et arrivant / partant avant / après la mise en place des navettes, il me fallait trouver un autre moyen d'aller de l'aéroport à Woodford. Karen m'avait donc arrangé un pick-up et un drop-off avec les artistes. Lorsque je suis arrivée à l'aéroport, je devais donc rejoindre Minh Pora (le nom de la compagnie) pour prendre la direction de Woodford. Comme je vous disais, le temps était épouvantable. Lorsque nous sommes arrivés sur le site, leurs tentes n'étaient pas prêtes. La greenroom venait tout juste d'être installée. Je suis donc restée pour donner un coup de mains pour m'occuper d'eux (d'où l'installation de la tente dans le noir et sous la pluie). Puis, j'ai fait connaissance de Jeremy, leur manager, qui a essayé de me convaincre de me rendre au Laura Festival dans 2 semaines (pour les plus curieux, c'est un festival aborigène qui a lieu près de Cairns, tous les 2 ans: www.laurafestival.tv). Et le jeudi matin, je me suis rendue, avec eux, en "ville" pour aller acheter des vêtements chauds (imaginez la différence entre le nord du queensland et le sud! Environ 10 ou 15 degrés de moins, voir même plus puisque le temps était épouvantable à ce moment là). C'est là où je me suis rendue compte qu'ils n'avaient clairement pas la même vie que nous. Marrant de les voir dévaliser le "op shop" (magasin 2nde main) de Woodford! Des chaussettes, des blousons, des pulls... et même des oreillers, des couvertures! Ils étaient plus que parés pour le froid de Woodford! Et c'est en discutant autour d'un café que j'ai découvert d'où ils venaient vraiment et quelle était leur vie: la pêche, la nature, la danse... un village de 300 personnes. Je ne peux pas vous en dire tellement plus au jour d'aujourd'hui, puisque ça se vit et qu'au jour d'aujourd'hui, ça ne reste qu'une belle idée, dans ma tête! Ils m'ont invité à aller leur rendre visite. J'espère bien y aller dans les mois qui viennent. Ce dont ils m'ont parlé est exactement ce que je veux voir de l'Australie.
Bref, ce jeudi après-midi est le dernier moment vraiment passé avec eux puisque le vendredi, j'ai travaillé presque toute la journée puis ai ensuite retrouvé des amis qui arrivaient. Le vendredi soir, à la cérémonie d'ouverture, tout le monde était frigorifié (ils n'ont quasiment pas de costumes). Mais tout le monde a joué le jeu, pour la beauté du festival. Le samedi matin, j'avais prévu d'aller voir leur 1ère représentation... mais je ne suis pas levée pensant tout simplement y aller le dimanche matin. Malheureusement, il n'y a pas eu de nouvelle représentation. En plus de la tristesse de perdre un danseur sur un festival, je dois reconnaitre que je me suis sentie coupable de ne pas m'être levée le matin... même si je sais que ça n'aurait rien changé.
Malheureusement, comme vous le savez à toute chose, malheur est bon... Le décès de ce jeune danseur a eu pour effet de ramener la culture aborigène traditionnelle au coeur du festival. Si Minh Pora est parti dès le samedi après-midi, nous avons respecté une minute de silence à 16h. Mais surtout, le lendemain matin, à 10h, une cérémonie d'au revoir a été organisée par les différentes communautés. A base d'eucalyptus et de feu. Il est difficile d'expliquer ce qui s'est passé. Chaque personne passe entre 2 passages constitués de feu de bois d'eucalyptus. Avec les chants traditionnels. Tout le monde marchant dans la même direction.
L'autre bon résultat de cet événement a été le déplacement de la scène de danse d'un coin reculé du festival, au centre. Les danseurs étaient là toute la journée. Mais au lieu de devoir aller les retrouver sur une scène, ils étaient au bord du lac. Il était impossible de les rater. Tout d'un coup, le festival a pris une autre ampleur. Si facile de s'intégrer à la culture aborigène. Chaque communauté expliquait ses danses. Les spectateurs étaient invités à les rejoindre. Bref, une vraie magie est née de cet événement. Une vraie synergie s'est créée entre tous les participants. Ce n'est pas facile d'expliquer ce sentiment.
Une autre belle chose sur le festival, ça a été les rassemblements autour des feux de bois. Dès la nuit tombée, une vraie vie commençait autour de ses feux.Tout commençait avec des compteurs. Je ne pense pas qu'il s'agisse de compteurs professionnels. Ce sont des aborigènes qui voulaient partager leur expérience. Je me souviens être restée au coin du feu pour écouter cet homme parler de sa vie. Sa perpl
exité face au fait qu'il lui faut maintenant demander une licence pour aller pêcher le poisson de son dîner, alors que sa famille a toujours fait ça. Sa colère face au fait que les blancs ont pris possession de son village. Sa vie suivant les 6 saisons aborigènes. Bref, il voulait juste parler de son envie de continuer de vivre en synergie avec la nature et non pas avoir à suivre les règles inhérentes à la vie en ville.Pendant les 4 jours du festival, je me suis rendue compte qu'il y avait vraiment des sentiments différents face à la question aborigène, au sein même des communautés. J'ai rencontré des personnes très en colère sur ce qui s'est passé. Je pense en particulier à un comédien tellement en colère d'être blanc maintenant, alors qu'il est aborigène. Ca peut paraitre stupide, mais il a comme le sentiment qu'on lui a volé une part de son héritage, parce qu'il n'a pas la même couleur de peau que son père. Mais il y a aussi des personnes, généralement les plus jeunes générations, qui aiment l'idée de vivre à cheval sur les 2 modes de vie. Certes ils sont aborigènes, respectent certaines traditions. Mais en même temps, ils apprécient aussi certains des modes de fonctionnement modernes.
Les membres de Minh Pora, par exemple. Je n'ai pas perçu la moindre colère dans leurs propos ou dans leurs actes. Ils étaient ravis d'être au Dreaming pour partager leur culture. Mais en même temps, ils étaient tellement respecteux des règles, en général. Et je pense que c'était tout ce qu'il y a de plus naturel.
Je peux faire la même conclusion de l'équipe de danseurs "Doonooch Dancers". Des jeunes danseurs voulant juste partager avec le monde leur culture. Ils se rendent un peu partout dans le monde pour ça .
La journée au Dreaming, c'était essentiellement aller assister à des conférences, profiter des danses, assister à des pièces de théatre ou de danse. Pour ceux qui étaient intéressés, il y avait aussi une salle de cinéma avec courts et longs métrages. Pour ma part, la soirée était surtout orientée musique et dès que tout s'arrêtait, rencontres avec des personnes au coin du feu. Discuter de tout et de rien. Refaire le monde. Découvrir de nouvelles cultures et de nouvelles personnes! Ce serait mentir que de dire que je me souviens de tout. Mais le sentiment de magie est là. Merciredi soir avec toute l'équipe de Minh Pora. Jeudi soir, Moïse (non, c'est pas une blague!) de Fitzroy Crossing. Vendredi soir, Bo et Chloé. Samedi soir, Pete, Richard (de "Boxing Day"). Dimanche soir, la rencontre avec les Doonooch dancers: Andrew et Robert (mais je préfère son vrai nom: gougar). Lundi soir, Phill, Glen,... et ce n'est qu'une petite partie des rencontres!
Bref, cette semaine à Woodford a été pour moi l'occasion de rentrer dans le train d'une culture que j'ai envie de découvrir. Au jour d'aujourd'hui, je ne sais rien du tout. Mais je compte bien profiter de ces rencontres pour en apprendre plus. Et puis, comme vous le savez, je reste obsédée par mon festival... donc, mon idée est de rajouter quelque chose autour de la culture aborigène dans le festival. J'aimerais avoir comme un travail commun entre leur culture et la notre. Je n'ai aucune idée de comment je vais pouvoir faire ça. Mais c'était quelque chose auquel je pensais et c'est maintenant quelque chose qui me semble essentiel!
Voilà... j'espère vous avoir donné envie de découvrir le Dreaming Festival. Si vous estimez que je ne vous en ai pas dit suffisamment, n'hésitez pas à jeter un oeil sur : www.thedreamingfestival.com